Entretien
Culture

« Sentir la magie qui opère »

Julie Martigny, écrivain, comédienne et metteur en scène, invitée du Festival littéraire Le Goût des Autres 2019

Julie Martigny est écrivain, comédienne et metteur en scène. Elle a créé pour cette nouvelle édition du festival un spectacle singulier pour les enfants inspiré du Tour du monde en 80 jours de Jules Verne. Singulier parce qu’il associe le texte, des danseurs (la compagnie havraise Sac de nœuds) et un dessinateur (Tom Haugomat). Singulier aussi parce qu’il a été l’objet d’un travail préalable avec plusieurs groupes d’enfants.

  • lehavre.fr : Comment est né le projet ?

Julie Martigny : C’est la directrice artistique du festival, Rozenn Le Bris, qui m’a proposé d’adapter Le Tour du Monde en 80 jours de Jules Verne. J’avais participé deux fois déjà au festival pour des lectures et elle était venue me voir à la Philharmonie de Paris lors d’une représentation de mon conte musical L’Ile Indigo. C’est elle qui a choisi également les autres partenaires du projet : la compagnie Sac de nœuds et le dessinateur Tom Haugomat. Nous ne nous connaissions pas !

  • lehavre.fr : Quel travail avez-vous effectué avec les enfants ?

J.M. : Il fallait que j’adapte et parfois que je réécrive le texte. L’écriture de Jules Verne est très surannée. Très jolie mais très compliquée pour les enfants, tant du côté du vocabulaire que des tournures de phrases. Et c’est très lent, surtout pour les générations d’aujourd’hui où ils ont l’habitude de l’action, des bruits, de la vitesse ! Je suis intervenue auprès d’une classe de primaire et d’une autre de Gens du voyage, qui avaient entre 8 et 12 ans. Je commençais en général par leur faire la lecture, puis ensuite ils me disaient ce qu’ils comprenaient, on en discutait et on la mettait en scène. Prendre le temps d’écouter une histoire, de rêver, sentir la magie qui opère… c’est quelque chose que je fais beaucoup avec les enfants. Avec les enfants des familles itinérantes, c’était particulièrement intéressant car bien sûr on a beaucoup discuté du voyage. Je suis nomade moi aussi, car je passe essentiellement ma vie sur la route. Beaucoup de ces enfants ont du mal à l’écrit, entre autres parce que leurs traditions sont surtout orales. Mais j’ai eu le plaisir de les voir s’approprier un texte, ce fut un super échange. Tous, ils m’ont vraiment aidée à réaliser ma partie, à savoir le texte et la mise en scène. Et ils seront présents lors de la représentation !

  • lehavre.fr : Comment s'est passé le travail avec les autres collaborateurs ?

J.M. : On a bien sûr beaucoup travaillé tous ensemble. La compagnie Sac de nœuds s’est occupée de la partie chorégraphique : les moments de lecture vont être entrecoupés de moments de danse, et les enfants du public vont participer. Pendant les moments de lecture, Tom va réaliser en direct des dessins, qui vont aider à la compréhension, mais aussi permettre de confronter les images mentales qui surgissent naturellement de la lecture avec son propre imaginaire.

  • lehavre.fr : Ce travail collaboratif est pour le moins singulier…

J.M. : Oui c’est notamment la première fois que je travaille avec un dessinateur. Toutes ces contraintes que l’on nous a données étaient vraiment intéressantes et cela m’a donné des envies et des idées !

Pour aller plus loin